Comment bien traiter une femme ?

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« La psychanalyse n’est pas un savoir du sexuel.
Qui est-ce qui a appris dans la psychanalyse à savoir bien traiter sa femme ? Parce que enfin ça compte, une femme. Il y a une certaine façon de l’attraper par le bon bout, ça se tient en main d’une certaine façon à laquelle elle ne s’y trompe pas, elle. Elle est capable de vous dire
– Vous ne me tenez pas comme on tient une femme. » [1]

La psychanalyse n’est pas un savoir du sexuel. Lacan est clair dans son dit. Un savoir sur la relation entre un homme et une femme ouvre à l’horizon un rapport à l’idéal de la conjonction sexuelle. C’est justement cet idéal que Lacan met en question.

Le ton, qualifié par J.-A. Miller de « tout bonnement [et si] simple » de Lacan [2] de cette citation contraste étonnamment avec la recherche logico-mathématique durant cette année de séminaire. En effet, il travaille sur la question de la limite mathématique, de l’incommensurabilité de l’objet a et les séries de Fibonnaci entre autres, pour rendre compte du rapport impossible entre les sexes. Cet effort lui prendra du temps avant d’aboutir à son dit, axiome qui fait événement : « Il n’y a pas de rapport sexuel ».

Que la psychanalyse n’enseigne pas comment bien traiter une femme ne veut pas dire que dans la psychanalyse une femme n’importe pas. Ça compte, une femme. Le terme « compter » au féminin, « une par une » trouvera une place dans la logique des jouissances et de la sexuation de Lacan quatre ans plus tard [3] , précisément dans sa recherche topologique de « cet espace de la jouissance sexuelle recouvert par des ensembles ouverts, qui constituent une finitude, et que finalement on compte » [4] .

En effet, Lacan ouvre déjà ici cette brèche logique. Et, il dit « tout bonnement » qu’il y a une manière appropriée d’attraper une femme, de ne pas la laisser s’échapper, de la tenir en main, pour un homme. Mais, Lacan n’évoque à aucun moment le corps féminin, il utilise « ça » à la place. Ce qui nous amène à penser qu’il ne s’agit pas tant ici, de tenir le corps d’une femme que de son être de femme [5] . Nous sommes loin ici de l’idée de femme-objet ou d’un savoir technique érotique, pour faire avec le corps d’une femme. Lacan sait qu’une femme peut savoir sans s’y tromper par les effets du sens du signifiant. Qu’elle peut même dire si un homme tient, ou non, son être sexué féminin, qui est là : « Là où est l’être, c’est l’exigence de l’infinitude » [6] . Elle peut aussi savoir si cet homme incarne ou pas cet Autre, dont elle sort [7] en tant qu’une femme. Cependant, Lacan reste aussi clair, sur l’impossible à dire de la jouissance féminine.

Du côté de l’homme, il peut toujours faire une analyse pour éclaircir les voies qui l’empêchent de s’adresser à une femme de la manière qui convient. Mais, quelle est cette manière qui convient pour s’adresser à une femme ou à bien la traiter comme dit Lacan dans sa question : Qui est-ce qui a appris dans la psychanalyse à savoir bien traiter sa femme ? Il utilise « bien traiter » sa femme, ce qui ouvre à l’équivoque entre « bien la traiter » et « la traiter » dans le sens de « traiter quelqu’un » à savoir l’injurier, l’insulter, la diffâmer. Lacan dira « elle, la femme, et ça d’origine. « On la dit-femme , on la diffâme. » [8] Nous entendons alors comment cette équivoque nous introduit à un savoir bien dire. Ce savoir se produit dans une analyse orientée par le réel du non-rapport sexuel. Savoir bien dire applicable lorsqu’on s’adresse à celle que l’on dit-femme.

[1] Lacan J., Le Séminaire , Livre XVI, D’un Autre à l’autre (1968-1969), texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, coll. Champ Freudien, 2006, p. 204.
[2] Cf . Miller J.-A. « Une lecture du séminaire D’un Autre à l’autre » , La Cause freudienne , n°66, Paris, Navarin, 2007, p. 79.
[3] Cf. Lacan J., Le Séminaire , Livre XX, Encore , texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1975, p. 15.
[4] Ibid.
[5] « L’être sexué de ces femmes-pas-toutes ne passe pas par le corps mais par ce qui résulte d’une exigence logique dans la parole. », Ibid.
[6] Ibid.
[7] Ibid.
[8] Ibid ., p. 79.