Avec ce DES a CORPS WE, nous poursuivons la présentation des arguments des treize rubriques thématiques qui questionnent, problématisent et éclairent la question de l’attentat sexuel. En retour, chacun de ces thèmes, pris séparément, nous apparaît alors un peu différent, pendant que dans le même temps les concepts lacaniens, mobilisés à cette occasion, s’animent de manière nouvelle, gagnent en clarté, et s’avèrent décidément très opérants.
Les deux textes que nous vous offrons aujourd’hui en sont une parfaite illustration. Chacun d’eux, à sa manière, explore les effets de l’attentat sexuel, qu’ils soient abordés sous l’angle du secret de famille où quelque chose a fait trou dans l’histoire du sujet, ou via les réseaux sociaux où c’est alors la logique de l’irruption et du dévoilement qui vient faire événement dans la vie du sujet.
Evoquons tout d’abord le très beau texte de Deborah Gutermann-Jacquet, qui nous propose, dans un même mouvement, une logique, une généalogie et une clinique du secret. Côté logique, le recours aux trois registres RSI ; côté clinique, la lecture d’une œuvre de Barbey d’Aurevilly ; côté généalogie enfin, une plongée originale et inédite dans les strates du psychisme, et, plus précisément du secret, en direction bien sûr de son noyau de jouissance. Fort de ces développements, que nous vous invitons à découvrir de toute urgence, l’auteure peut en déduire de manière saisissante ce que serait le trajet d’une analyse et son issue, lorsque le noyau du secret « déconsiste et cesse de faire destin d’une part, et que, d’autre part, il se rétracte, laissant à lui-même le noyau véritable, celui, inconnaissable, dont l’écorce ne peut se briser, intact ». Quelque chose cesse de s’écrire, et, de manière concomitante, une autre chose s’isole…
D’une manière plus large, quelle place tiennent le secret et l’intime dans l’espace social, dans l’ alétosphère , où règne un nouveau régime de la sexualité privilégiant l’intrusion et le forçage ? Et surtout, quelles en sont les conséquences ? Ce sont ces nouvelles formes d’attentats sexuels qu’examine avec une grande précision Alice Delarue, égrenant alors les nouvelles nominations qui « apparaissent pour les désigner : revenge porn , sextorsion , slut-shaming , dick pics , etc. ». N’en jetez plus ! Dans tous les cas, l’épreuve subie par les victimes (essentiellement des filles), répond à une logique quasi immuable que les nudes dérobés illustrent parfaitement, à savoir le surgissement d’une image valant injure, souvent accompagnée d’insultes ; « cristallisation de l’image et du S 1 » relève avec finesse l’auteure, qui, assurément, accentue l’effet dévastateur. Une injure au carré, en somme !
Dès lors, à lire attentivement nos deux auteures, il apparait que le cabinet de l’analyste demeure le seul lieu, où, le sujet, extrait un temps de son contexte familial, débranché quelques dizaines de minutes des réseaux, explore inlassablement, séance après séance, aussi bien la dimension intime que sociale de ses symptômes. Une des issues de ce parcours sera la rencontre de ce qui lui est le plus proche et dans le même temps le plus étranger – que le terme même d’ « extimité » inventé par Lacan explicite parfaitement –, là où se situe la solitude de sa jouissance.