Édito du 7 novembre

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Un trauma est toujours suspect : voilà une phrase de Lacan inspectée par Esthela Solano-Suarez dans son texte. Suspect vient de suspectus , participe passé de suspicere , qui veut dire regarder de bas en haut . Par un double mouvement – qui règle la focale de près sur la notion de Proton pseudos avancée par Freud et l’ajuste de loin sur celle de vérité-menteuse de Lacan –, E. Solano-Suarez suspecte des concepts fondamentaux de l’œuvre de Freud et de Lacan en nous livrant une vision logique et articulée de la manière dont réel, vérité et sens sont conjugués par le discours analytique. Au passage elle éclaire d’autres termes et concepts comme celui de Signification du phallus à distinguer de sens , ou de semblant – pour n’en citer que deux. On mesurera à la lecture de ce texte – et en ce moment particulièrement – les conséquences éthiques de cette conjugaison si ténue entre ces trois termes – réel, vérité et sens – qu’il convient de distinguer et de suspecter de la bonne manière – E. Solano Suarez nous en livre la sienne.

C’est le terme féminicide que Francesca Biagi-Chai suspecte à son tour par le prisme du discours analytique, mettant en lumière les conséquences éthiques et cliniques d’une telle orientation.
Elle nous fait saisir toute « l’épaisseur clinique » qui se cache derrière ce terme et l’urgence « de restaurer la fonction de la parole comme ayant des conséquences de jouissance ». Suspecter, non pas pour comploter, mais pour aller plus loin que ce que le discours des « experts » énonce. Pour mettre en œuvre ce programme, F. Biagi-Chai donne une orientation : suivre dans le discours du parlêtre le «  fil des signifiants maitres et leur fixation de jouissance ». Il revient à la psychanalyse de restaurer la dimension de l’inconscient nié par les « experts ». Pour ce faire, le clinicien qui s’oriente de Lacan se doit lui-même de suspecter sa propre part de jouissance dans son lien au monde, dans les faits qu’il dénonce comme dans ceux qu’il commet, comme le démontre si bien F. Biagi-Chai. « On n’est responsable que dans la mesure de son savoir-faire », rappelle-t-elle à cette occasion en citant Lacan.

La rubrique « Éclats de Savoir » se clôture ainsi avec ces deux textes desquels se dégage une question de méthode qui résonne avec le but qu’on s’était donné au départ : recueillir des textes d’analystes qui s’aventurent à dire et articuler ce que de la lecture de Freud et de Lacan au regard de leurs expériences cliniques a fait, et fait, éclat épistémique, boussole clinique, à propos du thème de ces journées .

Je remercie vivement tous les collègues qui ont accepté de suspecter avec rigueur le traumatisme freudien et lacanien.
Bonne lecture.