« Un hasard dans ce matériel encore rare à l’époque m’avait fourni un nombre démesurément élevé de cas, dans l’histoire infantile desquels la séduction sexuelle par les adultes ou par d’autres enfants plus âgés jouait le rôle capital. Je surestimais la fréquence de ces incidents (par ailleurs indubitables), étant donné qu’au surplus à cette époque je n’étais pas en mesure de distinguer à coup sûr les souvenirs illusoires des hystériques concernant leur enfance des traces des événements réels, alors que depuis j’ai appris à ramener maint fantasme de séduction à une tentative de défense contre le souvenir de l’activité sexuelle propre (masturbation infantile). » [1]
Dans cette citation de 1905, Freud met en question sa
Neurotica
et sa théorie sur l’étiologie des névroses qui reposaient sur le traumatisme des abus sexuels dans l’enfance
[2]
. Reconnaissant qu’il confondait les événements réels et les fantasmes des analysés, il abandonne sa thèse de la séduction, relativise l’influence des expériences vécues et envisage les fantasmes sexuels comme cause des symptômes hystériques en 1908
[3]
.
Ces fantasmes sexuels se structurent à partir des rêves diurnes de la jeunesse ayant servi à obtenir une satisfaction sexuelle par la masturbation. Lorsqu’ils sont refoulés en raison d’un conflit entre la libido et le moi et qu’ils deviennent inconscients, ils peuvent être pathogènes et s’exprimer en symptômes. Freud en déduira que « Les symptômes hystériques ne sont rien d’autre que les fantasmes inconscients trouvant par “conversion” une forme figurée »
[4]
.
Il cite l’exemple d’une patiente présentant une attaque hystérique qui s’était soudain effondrée en pleurs dans la rue lors de l’irruption du fantasme suivant : « elle avait établi une relation amoureuse avec un pianiste virtuose bien connu […], en avait eu un enfant […] puis […] avait été abandonnée par lui dans la misère. C’est à cet endroit du roman qu’avaient jailli ses larmes. »
[5]
Freud nous rappelle aussi que certain(e)s « hystériques ne donnent pas expression à leurs fantasmes sous forme de symptômes mais dans une réalisation consciente, imaginant ainsi et mettant en scène des attentats, des sévices, des agressions sexuelles »
[6]
.
Ainsi distinguer fantasme et attentat sexuel ne sera pas sans incidence dans la conduite de la cure car si le sexuel est toujours traumatique pour un sujet, le fantasme en est un habillage tandis que l’attentat réellement vécu peut en dénuder l’obscénité.
[1]
Freud S., « Mes vues sur le rôle de la sexualité dans l’étiologie des névroses » (1905),
Résultats, idées, problèmes
, t.1, Paris, PUF, 1991, p. 116-117.
[2]
Cf. Freud S., « Étiologie de l’hystérie » (1896),
Névrose, psychose, perversion
, Paris, PUF, 1973, p. 95.
[3]
Freud S., « Les fantasmes hystériques et leur relation avec la bisexualité » (1908),
Ibid.
, p. 149.
[4]
Ibid
., p. 151.
[5]
Ibid
., p. 150.
[6]
Ibid
., p. 152.